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Le cheval dans la sculpture

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La sculpture équine fait partie de l’épopée humaine. La grande angoisse de l’homme, c’est le temps qui passe et le temps se situe entre l’oubli et le souvenir. Pour maintenir le souvenir, quoi de plus pérenne et sécurisant qu’une sculpture ? On laisse à la postérité l’image de ce qui vous anoblit. C’est le cheval qui par excellence anoblit l’homme car il multiplie sa vitesse, la capacité de son rêve, et l’oblige à s’oublier pour sa monture.

un monument historique présentant une structure de cheval

 

Le cheval a nourri l’homme, il l’a accompagné dans ses préoccupations de l’au-delà, dans ses guerres, dans son industrie et dans ses jeux.

Le musée de Saint-Germain conserve des petits chevaux en ivoire et des propulseurs en bois de renne ornés de figurines équestres provenant des Hautes- Pyrénées et datant de l’âge magdalénien (entre 20000 et 15000 ans av. J.-C.). Ce cheval préhistorique est une sorte de poney à la crinière drue et à la tête assez lourde rappelant le Cheval de Przewalski. Ces poneys vivant en immenses troupeaux étaient pour l’homme du gibier jusqu’à leur quasi-disparition.

On ne sait exactement à quelle époque des chasseurs ayant capturé un poulain orphelin le ramenèrent au camp pour le jeu des enfants et créèrent ainsi l’équitation. Toujours est-il que le cheval, après sa domestication, devint un objet de culte et de vénération. De cette époque, 8000 ans av. J.-C., en Provence, existe un sanctuaire où fut sculpté dans le rocher un vosselet de cheval géant et réalisé dans le même gigantisme que le sera plus tard l’immense cheval blanc sculpté dans la craie des falaises d’Uffington, au sud de l’Angleterre.

Animal sacré, mythique, le cheval psychopompe accompagnait les défunts dans leur tombe. C’est en Chine qu’on les retrouve, en terre cuite grandeur nature, souvent attelés à leur char, impeccablement alignés pendant des millénaires dans les tombes des empereurs. Ce sont des chevaux vraisemblablement modelés d’après nature, solides, musclés, portant des crinières coupées et des queues tressées. Ils sont équipés d’un mors et d’une selle ou harnachés en quadrige.

Cheval et sculpture : du cheval dans le sacré au monument historique

Chevaux sacrés sont aussi les chevaux de Saint-Marc à Venise : un quadrige doré devant tirer le char solaire, sculpté au Ve siècle av. J.-C. Comme les chevaux du Parthénon à Athènes, ils furent sans aucun doute sculptés d’après de véritables modèles en chair et en os, tant ils sont vivants. On les voit piaffer et ronger leur mors. Ils portent la crinière et le toupet dans le style perse qui nous rappelle les bas-reliefs assyriens plus hiératiques mais tout aussi vivants.

Nous retrouvons plus tard en Europe le cheval dans le sacré. Un bel exemple est le détail du portail sud de l’église de Melle: c’est une statue équestre en pierre, grandeur nature, le Christ portant éperons. C’est le Christ chevalier qui nous introduit vers la représentation du cheval en tant qu’animal de guerre. Si le cheval est lié au culte des morts, il est aussi une monture de guerre. Nous l’avons vu sur les bas-reliefs égyptiens, assyriens et sur ceux du Parthénon. La gloire de l’Empire romain reposera non seulement sur ses légions mais aussi sur sa cavalerie.

Nous avons en la sculpture de Marc Aurèle à Rome, sur la piazza del Campidoglio, la plus importante statue équestre conservée de l’Antiquité romaine et la des- cription exacte de l’idéal du cheval de guerre romain tel que le décrit le vétérinaire Pelagonius: “La tête fine, les naseaux largement ouverts, les oreilles petites et bien dressées, l’encolure souple et large sans être trop allongée, la crinière abondante tombant sur le côté droit, le garrot bien dessiné, les flancs puissants et musclés, les épaules larges et droites, les muscles saillants sur tout le corps, le dos et le ventre bien conformé, les jambes bien d’aplomb, la croupe et les hanches pleines et musclées et enfin les sabots noirs bien creusés et surmontés de paturons d’une taille rai’ sonnable. Le cheval doit généralement être ainsi constitué pour paraître grand et bien charpenté avec un aspect actif et une rondeur proportionnée à sa taille.” Cette statue équestre, effigie géante, inspirera par la suite tous les grands guerriers de ce monde, jusqu’à ce que la cavalerie ne soit plus outil de guerre. Voici dans l’art carolingien, Charlemagne, statuette équestre en bronze représentant l’empereur sans étrier, à l’antique, glaive et globe en main. Voilà l’extraordinaire figure équestre de Mastino sur la tombe des Scaligeri à Vérone : le cheval et son chevalier sont masqués d’armures, imposants et énigmatiques. Et encore Robert Malatesta, seigneur de Rimini sculpté en haut-relief, tête nue et en armure sur un cheval fringant, et enfin en pleine Renaissance le fantastique monument du Colleoni: le cavalier est en armure; il personnifie tous les condottieri des guerres de la Renaissance et son cheval porte le toupet à l’antique.

Avec le temps, les statues équestres se multiplieront. Pratiquement tous les rois de France ont eu la leur. 11 existe un livre passionnant sur les travaux que nécessita la fonte de la statue équestre de Louis XV. Ce fut une véritable entreprise. Napoléon eut les siennes dont une des plus remarquables est celle de la place centrale de La Roche-sur-Yon.

Celles de Jeanne d’Arc furent réalisées au XIX » siècle, l’une par Barye, l’autre par Frémiet. Il nous faut enfin citer l’une des plus belles œuvres de Bourdelle, la monture du général Alvear à Buenos Aires et ne pas oublier une sculpture de Troubetzkoy qui n’est pas l’effigie d’un soldat mais celle du grand guerrier de l’esprit que fut Tolstoï.

Rarement, la position et le poids du cavalier furent campés avec autant de justesse, d’aisance et de naturel.

Cheval et sculpture : après la guerre, le travail

Les hommes ne font pas que la guerre. Il faut se nourrir et pendant des millénaires, le cheval et les bœufs servirent à labourer et à herser les champs. Mais ce n’est qu’au XVIIIe siècle que se développèrent les puissants chevaux de trait sélectionnés pour les grands travaux et qui furent la fierté des expositions et des comices agricoles. Ils ont suscité autant de passion artistique que les races plus légères. Le sculpteur américain Herbert Haseltine entreprit une tournée en Angleterre pour sculpter les plus beaux spécimens des races Suffolk Punch, Shire et Percheron. Il existe au Virginia Museum of Fine Arts à Richmond (U.S.A.) une remarquable effigie en marbre de Rhum, champion Percheron.

En France, il faut aussi citer de Frémiet la sculpture en bronze de ses Deux chevaux de halage fixés en plein effort et, de Jean Joire, le Fardier à deux chevaux. Lorsqu’on interrogeait l’oracle de Delphes sur le cheval, il répondait: “Le cheval, c’est l’intelligence!” et à la question “Pourquoi il répondait “c’est un mystère.” Aujourd’hui le mystère est élucidé. Après la Première Guerre mondiale, avec la mécanisation et la généralisation de l’emploi des tracteurs à moteur thermique, le cheval ainsi que les petites propriétés familiales disparaissent. Aux États-Unis entre 1920 et 1930, 6 millions de chevaux sont supprimés du secteur agricole. En 1939, un train chargé des 23 plus beaux étalons anglais de la race shire est acheminé vers l’abattoir et 60 autres sont hongrés. Ce drame dont nous n’avons pas fini de subir les désastreuses conséquences est parfaitement illustré par trois des plus importantes sculptures du début du XXe siècle : Le Grand Fardier ou dix minutes de repos, L Entrée du marché aux chevaux et Les Vieux Chevaux sortant de la mine par Rembrandt Bugatti, l’un des derniers témoins de la civilisation du cheval. Le dernier de ces bronzes représente la fin pathétique de nos vieux serviteurs sortant des mines à moitié aveugles et destinés à l’équarrisseur. C’est la fin d’un monde.

Il ne faudrait pas oublier, à la fin du XIXe siècle, la mythique épopée du Far West illustrée par les sculp- tures de Remington. On y trouve l’idée centrale du cheval comme un compagnon de la solitude et comme le partenaire fidèle, intelligent et courageux pour affronter les dangers et la mort. Sa première œuvre est un cow-boy domptant un cheval, un bronze de 60 cm.

Son coup d’essai fut un coup de maître; le rendu est parfaitement vivant, le cheval furieux se cabre, le cavalier s’accroche d’une main, l’autre serre la cravache.

Cheval et sculpture  des disciplines variées.

Les hommes n’ont pas attendu le XIXe siècle pour s’amuser à faire courir les chevaux. En Grèce, les courses équestres font partie des Jeux olympiques. Byzance poussera les courses de chevaux jusqu’au fanatisme, Rome également. Mais c’est au XIXe siècle que furent fixés et codifiés les principes des courses de Pur-Sang anglais. Au XIXe, il ne manque pas de sculpteurs pour illustrer cette nouvelle race, dans un style souvent très réaliste : le sculpteur Frémiet se distingue particulièrement avec ses Deux Pur’Sang et jockeys qui illustrent le mieux sous tous ses angles ce nouveau sport. Mène réalise aussi un très beau jockey à cheval.

Il faut citer également Isidore Bonheur, le comte Gérard de Ruille, Gayrard et Moignez. Mais c’est Degas, assidu des hippodromes qui, quoiqu’à demi aveugle, ébauche en cire un certain nombre de chevaux Pur-Sang dont les attitudes sont tellement vraies. Ces cires furent fondues en bronze et recouvertes d’une merveilleuse patine par Hébrard qui fut sans conteste l’un des plus grands fondeurs de son temps.

Autre cheval de course, le Pur-Sang Oriental dit Arabe, est à l’origine du croisement dont fut issu le Pur-Sang anglais. Au XIXe, beaucoup de sculpteurs représentèrent ce cheval merveilleux d’esthétique, issu de la sélection naturelle et domestiqué par l’homme. Nous en connaissons de fort belles sculptures par Fratin, Mène et Barye dont le style est très personnel.

Au début du XXe siècle, avec Bourdelle, Bugatti et Degas s’achève le désir de sculpter le cheval pour lui- même, pour l’admiration de ses formes, de ses attitudes et même de son mental.

Pour l’art moderne et l’art contemporain, le cheval n’est plus qu’un prétexte, que ce soit pour un rendu hyperréaliste, comme le cheval de Robert Graham “Espon” 1981 ou des arrangements d’inspiration d’art primitif, comme le grand cheval 1929 de William Tumbull.

Ainsi que le reste du monde, l’art a changé. Il est servi par un autre type d’homme dont le talent s’efface devant la médiatisation qui devient l’essentiel de ce que nous pouvons appeler l’ère industrielle de l’art. Il y a bien sûr quelques exceptions.

Pour en savoir plus : une galerie d’art présentant des sculptures de chevaux 

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