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Sports équestres

Le concours complet d’équitation

Temps de lecture : 16 minutes

Depuis 1912 à Stockholm en Suède, le “concours complet d’équitation” est une des trois disciplines olympiques de l’équitation. Au début du XXe siècle les militaires français pratiquent des raids équestres tels Bordeaux-Versailles- Paris ou Paris-Rouen-Deauville. Ils utilisent pour se faire leurs chevaux de courses, de concours hippiques ou d’armes. Ils imaginent alors d’organiser une compétition regroupant les différents tests nécessaires à la formation d’un cheval de sport prêt à affronter les exigences de la guerre à cheval. Cette nouvelle discipline prend le nom de “concours du cheval d’armes”. Nous l’appelons aujourd’hui “concours complet d’équitation”, ce qui résume de façon parfaite les valeurs équestres qu’elle génère. Les pays du nord et de l’est de l’Europe continuent à l’appeler “Military”. Les Anglo-saxons découvrent cette discipline lors des Jeux olympiques à Londres en 1948. Ils la dénomment “Horse Trial” ou “Three Day Event”. Depuis 1999, ils l’appellent “Eventing”.

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Les épreuves du concours complet d’équitation

Dans sa conception originelle, le concours du cheval d’armes est une forme de triathlon équestre effectué par le même couple cavalier-cheval. Il est constitué de 3 épreuves.

Concours complet d’équitation : L’épreuve de maniabilité

L’épreuve de maniabilité: destinée à vérifier l’adresse du cavalier à conduire sa monture et la bonne soumission du cheval pour les défilés, les prises d’armes et le combat à cheval, au sabre ou à la lance.

Concours complet d’équitation : L’épreuve de vitesse et d’endurance

La guerre à cheval nécessite de parcourir des dizaines de kilomètres par jour. En dehors des routes et des sentiers, le cavalier traverse champs et bois au galop et saute les obstacles naturels, fossés, talus, haies, ruisseaux, rivières… Ainsi, son cheval exprime des qualités d’endurance et d’adresse pour poursuivre l’ennemi ou lui échapper.

Concours complet d’équitation : L’épreuve de saut d’obstacles

L’épreuve de saut d’obstacles : elle consiste en un parcours d’obstacles mobiles. L’objectif est de réaliser un sans-faute dans le temps imposé. Ce test permet de vérifier le bon état de fraîcheur du cheval. Ainsi un cheval malmené durant l’épreuve précédente de vitesse et d’endurance, par fatigue, manquera de réactivité et de “tonus”. Il réalisera alors ce parcours dans de mauvaises conditions et sera fortement pénalisé. Le classement s’effectue par un calcul complexe de points de bonification et de pénalités.

Le sport évoluant avec son époque, le concours complet actuel prend une autre dimension, plus spécifiquement sportive, plus médiatique, pour satisfaire un public toujours plus nombreux. Le concours le plus réputé au monde est celui de Badminton en Grande- Bretagne. Il attire plusieurs centaines de milliers de spectateurs.

Dans leur forme moderne, les concours complets d’équitation (C.C.E.) se divisent en 2 grandes catégories:

–   Les concours internationaux (incluant les Championnats continentaux, du monde et les Jeux olympiques), comprenant les concours complets internationaux (C.C.I.) et les concours internationaux combinés (C.I.C.).

–   Les concours français (comprenant des épreuves de formation des cavaliers et des chevaux, et des épreuves d’élevage).

Les concours complets d’équitation internationaux (C.C.I.)

Ils sont de 4 niveaux, répartis dans un ordre croissant de difficultés de 1 à 4 étoiles: C.C.I.*, C.C.I.**, c c I *** CCI ****

Les Championnats juniors sont des C.C.I.*, les Jeunes cavaliers des C.C.I.** ; les Championnats d’Europe et du monde, et les Jeux olympiques des C.C.I.***. Les C.C.I.**** sont actuellement au nombre de 4 au monde ; ils sont accessibles tout particulièrement aux cavaliers très expérimentés, presque tous professionnels. Etant donné l’exigence physique du concours complet, un contrôle rigoureux est effectué durant tout le concours. Dès leur arrivée aux écuries du terrain de compétition, un vétérinaire vérifie le signalement des chevaux et leurs vaccinations. La veille de l’épreuve de dressage, les 3 membres du jury de terrain et le vétérinaire effectuent devant le public la première inspection des chevaux à l’arrêt, au pas, au trot. Tout cheval reconnu inapte est éliminé sur-le-champ.

Les C.C.I. conservent intégralement leur esprit d’origine avec les 3 épreuves du “concours du cheval de guerre”, dont voici le détail:

Concours complets internationaux : le dressage

 

C’est une épreuve de maniabilité. À l’image du patinage artistique, le cavalier effectue des figures imposées, notées de 0 à 10 par trois juges. Ces juges évaluent à partir de 4 des 3 critères fondamentaux de l’équitation classique que sont la soumission (le calme), l’équilibre et l’harmonie du cheval en mouvement (en avant), la franchise et la régularité des allures (droit), et un quatrième critère qui est la qualité de la réalisation de chaque figure composée.

Concours complets internationaux : L’épreuve de fond

Il s’agit d’une épreuve d’endurance et de vitesse comportant 4 phases successives.

La phase A : c’est un parcours sur routes et sentiers. Il contribue à détendre le cheval. La vitesse imposée de 220 m/minute rappelle celle de la promenade au trot. La phase B: est un parcours de steeple sur un hippodrome ou un grand herbage plat sur lequel est construite la réplique d’obstacles d’hippodrome. La vitesse exigée correspond à celle d’un cheval de courses. La phase C : son départ se situe sur la même ligne que l’arrivée de la phase B. Comme pour la phase A, il s’agit d’un parcours sur routes et sentiers à la même vitesse de 220 m/min. Cette phase C est une période de récupération active de l’effort intense du steeple. Elle est maintenant interrompue au premier kilomètre pendant dix minutes pour contrôler l’état général du cheval et vérifier son aptitude à poursuivre la compétition. A l’arrivée de la phase C, une nouvelle période de récupération de dix minutes est obligatoire (dans un enclos exclusivement réservé aux chevaux, jury, vétérinaire, groom et cavaliers) pour contrôler également l’état de fraîcheur du cheval. Un membre du jury de terrain, assisté du délégué vétérinaire (c’est la deuxième inspection des chevaux), contrôle l’état du cheval et sa capacité à récupérer des efforts antérieurs. Le cas échéant, il élimine le cheval pour boiterie ou condition insuffisante.

La phase D: c’est l’épreuve de cross-country, la plus difficile, la plus spectaculaire et la plus technique. Sa vitesse et sa conception rappellent l’esprit de la chasse à courre. Elle se déroule dans la nature à travers champs, bois et terrains variés. Le parcours est jonché d’obstacles naturels ou représentant ceux que l’on trouve dans la nature: contre-bas, fossé, gué, contre- haut, etc. Le nombre de sauts est limité entre 30 et 45 sauts selon le niveau de la compétition.

À l’arrivée de ce cross-country un vétérinaire examine l’état général du cheval avant de l’autoriser à rentrer aux écuries pour un repos bien mérité où le groom lui administre les soins correspondants (mise des pieds et des jambes dans la glace, la terre, les bandages, etc.). Le lendemain de l’épreuve de fond, les trois juges du “jury de terrain”, toujours assistés du même délégué vétérinaire, vérifient devant le public l’état général des chevaux (c’est la troisième inspection des chevaux). Le cavalier présente lui-même, comme lors de la première inspection, son cheval crinière tressée, queue toilettée, à l’arrêt, au pas et au trot. En fonction de l’état général du cheval le jury apprécie la possibilité ou non de poursuivre le concours.

Concours complets internationaux : l’épreuve de saut d’obstacles

C’est une épreuve classique de saut d’obstacles où les concurrents ne peuvent obtenir que des points de pénalités. Elle se déroule à une vitesse de 350 à 375 m/min, sur une distance de 550à750met comporte de 11 à 15 sauts.

Après une telle compétition de plusieurs dizaines de kilomètres, dont la plupart réalisés sous couvert d’un effort intense, les chevaux méritent plusieurs semaines voire plusieurs mois de récupération. Ce qui ne veut pas dire l’immobilisation mais le travail quotidien est demandé avec moins d’intensité. C’est pourquoi la participation annuelle des couples cavaliers-chevaux est pour cette raison limitée à 2 ou 3 épreuves de ce type par année.

Il s’agit, dans le contexte actuel, d’un certain handicap par rapport à d’autres disciplines et événements sportifs.

Les concours internationaux combinés (CIC)

Pour satisfaire au développement du sport et aux besoins médiatiques véhiculés particulièrement par la télévision, des épreuves d’effort moindre ont été conçues: ce sont les C.I.C.

Les confrontations internationales sont alors plus fréquentes. Elles contribuent à entretenir la condition physique des chevaux et des cavaliers, tout en permettant au grand public, aux sponsors et aux médias de satisfaire le plaisir de suivre les “vedettes” du concours complet international.

Comme les C.C.I., les concours internationaux combinés sont de difficultés croissantes: C.I.C.*, C.I.C.**, C.I.C.***.

Nous y retrouvons les trois mêmes épreuves: dressage, fond (uniquement la phaseD), C.S.O. Ainsi l’effort physique demandé est moindre et une participation mensuelle voire bimensuelle des couples cavalier-cheval est envisageable. Ces derniers acquièrent ainsi plus d’expérience sur les obstacles différents, dans des confrontations internationales plus fréquentes. Les dotations financières plus importantes obtenues par les cavaliers contribuent également à développer un mouvement sportif de cavaliers professionnels de plus en plus nombreux.

Les concours complets français

Ils se divisent en deux genres :

–    les C.C.F. de la Fédération Française d’Équitation (F.F.E.)

–    les C.C.F. d’élevage de la Société Hippique Française (S.H.F.)

Les concours complets français de la F.F.E. (épreuves E, D, C, B, A) s’adressent à la formation des couples cavaliers-chevaux individuels et des centres équestres, du niveau de base, épreuves E, jusqu’au niveau international, épreuves A. Ces concours sont sur le modèle des Cd.C.

Le barème et les exigences techniques sont progressifs :

– les épreuves E et D sont de niveau initiation ;

– les épreuves C et B sont de niveau intermédiaire ;

–   les épreuves A sont de niveau supérieur.

Les concours complets français de la S.H.F. sont destinés aux jeunes chevaux français de 4 à 7 ans. Ces compétitions se réalisent sur des terrains agréés par la S.H.F. L’objectif est de valoriser l’élevage du cheval de concours complet dès l’âge de 4 ans en encourageant la production de chevaux “près du sang” tels les anglo-arabes ou les selle français croisés avec des P.S.A. Ces épreuves sont également ouvertes aux chevaux pur-sang.

Certaines épreuves de 4 ans ne comportent qu’un parcours d’extérieur d’initiation au cross, tandis que toutes les épreuves de 5, 6, 7 ans sont des épreuves adaptées à l’éducation progressive des chevaux. L’ordre des épreuves est: dressage, C.S.O., cross.

Les chevaux en pleine formation musculaire et osseuse ne sont donc plus sollicités après l’effort intense du cross. Une finale nationale a lieu au mois de septembre à Pompadour pour découvrir le champion de chaque génération.

Le championnat des 7 ans se fait sur un C.C.I.*, en général à Dijon au mois de mai.

Une finale internationale est disputée au Lion d’Angers où depuis plusieurs années, les Haras Nationaux organisent un très joli C.C.I.** au mois d’octobre et la place du jeune cheval est exclusive. Sous le titre de “Mondial du Lion”, les meilleurs jeunes chevaux de 6 et 7 ans montés par les plus grands cavaliers, s’affrontent pour désigner le champion du monde des jeunes chevaux de concours complet d’équitation. Comme son nom l’indique, le concours complet donne au cheval et à son cavalier une formation “complète”. L’héritage légué par les militaires s’avère très utile pour disposer d’une monture agréable dans une utilisation polyvalente: “capable de tout faire”. Le cheval de concours complet est également un cheval d’instruction de qualité, sous “mode d’emploi”.

La compétition du C.C.E. est un sport viril effectué dans la nature en compagnie d’un cheval, ami de chaque instant et complice des émotions fortes, dans des circonstances diverses et souvent imprévisibles. Cette discipline procure des expériences, des joies et une connaissance de sa monture qui font d’un cavalier un véritable “homme de cheval”.

Le barème international des concours complets d’équitation

Le barème utilisé est conçu de telle sorte qu’il n’est possible de totaliser que des points négatifs. Ainsi le total des points positifs, acquis de 1 à 10 par figure de dressage, est déduit du maximum de points de la reprise. Le résultat ainsi obtenu est affecté sur signe négatif.

Par exemple : pour une reprise regroupant 25 figures, le résultat maximum possible est donc 250 points.

Si un cavalier obtient avec 1 des 3 juges 153 points sur les 250 que comporte la reprise de dressage, le résultat obtenu sera 250 – 153 = 97 points, ce qui devient -97 points.

Ce même mode de calcul est réalisé pour chacun des 3 juges.

Ces points négatifs des trois juges sont ensuite additionnés entre eux puis divisés par 3 pour établir la moyenne. Ce résultat est alors multiplié par 0,6 pour réduire l’importance du dressage par rapport à l’épreuve de fond et de C.S.O.

Les points de pénalités s’additionnent ainsi au cours du déroulement de la compétition. C’est bien sûr le cavalier ayant le moins de points négatifs qui est déclaré vainqueur.

Le classement par équipe : le chef d’équipe de chaque nation décide de la composition de son équipe, 3 à 4 couples dont on retient les 3 meilleurs pour réaliser le classement. Cependant chaque couple constituant l’équipe participe également au classement individuel.

Le classement individuel : dans les championnats, internationaux et du monde, le nombre d’individuels est en principe limité à 2 par nation.

Si depuis son existence le concours complet d’équitation a globalement conservé sa trame originelle avec les 4 phases de l’épreuve de fond, il est à craindre pour le début du Ile millénaire des changements importants.

L’économie nécessaire au mouvement croissant de cavaliers professionnels risque de modifier sensiblement l’aspect endurance de l’épreuve de fond.

En effet, préparer un cheval pour des C.C.E. impose un travail quotidien d’au moins deux heures par jour et par cheval. Ceci limite tout naturellement le nombre de chevaux par cavalier dans une même écurie. Il est à craindre que les C.I.C. prennent un jour le pas sur les C.C.I.

Cela serait fort regrettable car les cavaliers seraient privés des sensations extrêmes provoquées par la notion d’endurance et le sens de la vitesse sur un steeple.

Alors que la notion d’endurance prouve les qualités spécifiques de certains chevaux très bons sauteurs, elle permet en revanche à un cheval endurant mais modeste sauteur, de conserver ses capacités limitées sur les obstacles de cross. Ainsi les chances sont-elles égalées parce que complémentaires. Dans de telles circonstances, tous les pays du monde seront en mesure de prétendre participer à brève échéance aux Jeux olympiques. Malheureusement notre monde moderne devenant de plus en plus mercantile risque de satisfaire la tendance qui fera du cavalier de concours complet un cavalier de sauts d’obstacles sur des obstacles fixes.

Dans ce cas, la sélection onéreuse de chevaux de grande qualité à l’obstacle privera certains pays, tels ceux de l’Est et d’Afrique, d’intégrer la discipline du concours complet. N’est-ce pas alors mettre en péril l’existence du C.C.E. au sein même des Jeux olympiques?

Pour en savoir plus : page dédiée au concours complet 

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