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Alimentation

Les aliments pour chevaux 

Temps de lecture : 12 minutes

En tant qu’herbivore, le cheval peut normalement se suffire d’une ration constituée de fourrages, tout à fait susceptible de couvrir son besoin d’entretien. Pour qualifier ces besoins, on distingue :

–   l’ingestabilité qui correspond au niveau de consommation volontaire de l’animal disposant de cet aliment en libre-service;

–   l’appétence qui exprime le côté gustatif, l’attirance qu’aura le cheval pour l’aliment en cause;

–   la digestibilité, caractéristique de l’aliment qui permet de quantifier la part qui en est absorbée dans le tube digestif après dégradation enzymatique puis microbienne;

–   la composition, qui fournit la richesse relative de l’aliment en chacun des nutriments qu’il contient et permet de mélanger les matières premières alimentaires pour déboucher sur une ration équilibrée au plan nutritionnel.

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Le cheval et les fourrages verts 

Les fourrages verts proviennent de l’herbe de différentes prairies :

–   les prairies dites naturelles de par leur composition floristique variée. Le cheval appréciera ray-grass anglais, dactyle, flèche, trèfle blanc, crételle mais acceptera beaucoup moins pissenlit, trèfle violet, fétuque, vulpin ou plantain.

Dans sa valeur alimentaire, l’herbe se caractérise par de grandes variations en relation avec l’âge de la plante (saisons) : trop jeune elle est trop encombrante pour l’estomac, trop pauvre en énergie et déséquilibrée en azote et en minéraux ; trop âgée, elle sera trop riche en fibres insolubles.

Pour les graminées, la valeur alimentaire optimale se situe en début de montaison et avant l’épiaison, tandis que pour les légumineuses, le meilleur stade sera celui qui correspond à l’apparition des boutons floraux. Dans les prairies artificielles, l’éleveur choisira la composition florale selon sa région et dans le souci de conserver appétence et valorisation nutritionnelle.

Les fourrages conservés 

Pour un fourrage conservé, la valeur alimentaire sera fonction de la composition du fourrage vert sur pied au moment de la coupe puis, des conditions de conservation (fannage, ensilage…)

Le cheval et les foins

La valeur alimentaire d’un foin sera toujours inférieure à celle du fourrage vert sur pied dont il est issu. Sa qualité sera appréciée, outre d’éventuelles analyses alimentaires, en précisant la valeur nutritionnelle, par les sens de l’homme :

–   vue (proportion de feuilles par rapport aux tiges, finesse des tiges, couleur, poussières)

–   toucher (souplesse, absence de plantes piquantes)

–   odorat (bonne odeur de foin classique).

Ces foins sont le plus souvent distribués aux chevaux sous une forme longue (en bottes standardisées). Pour permettre leur incorporation à des aliments composés, on peut aussi les conditionner en granulés (on parle de foin condensé), en bouchons (foin compacté non broyé) ou sous forme de galettes (fourrage comprimé).

Le cheval et la paille

 

La paille n’est pas un réel aliment pour le cheval mais plutôt un élément permettant de tromper son ennui au box. Si le choix est possible, on préférera la paille d’avoine moins cellulosique, la paille de blé restant la plus utilisée car la plus courante. Ce faisant, une bonne paille vaut parfois mieux qu’un très mauvais foin !

Le cheval et les ensilages

L’ensilage est une méthode de conservation des fourrages verts très utilisée chez les ruminants et plus rarement pour les chevaux. Après avoir été tassé puis recouvert d’une bâche hermétique pour éliminer au plus vite l’oxygène, le fourrage y subit rapidement des dégradations fermentaires qui acidifient le milieu et bloquent toute altération ultérieure, un peu comme pour obtenir de la choucroute.

Le cheval et les céréales

Avec l’élévation du besoin énergétique lié aux états physiologiques demandeurs, les grains voient leur place augmenter dans la ration quotidienne du cheval. Au rang de ceux-ci, l’avoine passe à tort pour être un aliment de base de l’espèce équine ; il faut savoir que dans la plupart des pays, elle est totalement absente de la ration ! Il s’agit simplement d’un grain moyennement énergétique, plus riche en protéines et en cellulose que les autres grains et disposant de propriétés toniques stimulantes pour les chevaux “froids”, non démontrées scientifiquement. Elle est également moins riche en amidon ce qui compte tenu de la faible digestion enzymatique de l’amidon cru chez le cheval, la positionne comme une céréale intéressante.

Le maïs, très utilisé aux Etats-Unis, fournit d’excellents résultats (dès lors que distribué broyé) et présente la meilleure densité énergétique.

L’orge, base alimentaire des chevaux du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord, doit elle aussi être aplatie ou concassée avant distribution ; elle pourra être utilisée trempée, voire germée. Jadis, on débarrassait l’orge du son afin de distribuer une orge “mondé” ou “perlé”.

Le blé, enfin, contient un amidon très fermentescible qui impose de la rationner de manière plus stricte d’autant plus que sa richesse en gluten peut générer la formation de pâtons dans le tube digestif.

Le cheval et les grains

Au rang des issues de meunerie, le son de blé peut être utilisé pour ses vertus émollientes dans le tube digestif, facilitant alors le transit intestinal.

Le cheval et les racines et tubercules 

Les aliments succulents ou sucrés que sont racines et tubercules ont surtout pour rôle de “rafraîchir” les animaux ne consommant qu’un régime sec sans fourrage vert et d’exciter leur appétit. Ainsi les carottes, aliment à la fois sucré et succulent, sont-elles particulièrement appréciées par le cheval.

Les betteraves constituent un équivalent bon marché de la carotte, tandis que la pomme de terre verra son appétibilité et sa digestibilité améliorées par la cuisson (attention au danger des tubercules verdis ou pourris). Particulièrement appétente et nutritive, la caroube (gousse de la famille des légumineuses) peut sans inconvénient être utilisée en la distribuant broyée et mélangée à d’autres aliments afin de ne pas risquer d’accident d’étranglement. Elle entre dans la composition de nombreux aliments élaborés (granulés et floconnés).

La phytothérapie permet de mettre en action certaines plantes afin de prévenir certaines maladies ou renforcer le système immunitaire du cheval.

Le cheval et  les graines et tourteaux 

 

Les graines protéagineuses (pois, féveroles) sont assez riches en protéines et en lysine, et utilisées notamment chez les poulinières. Les graines oléagineuses (soja, lin, tournesol) apportent des matières grasses assurant une augmentation de la concentration énergétique, mais soja et lin devront être utilisés après cuisson afin de détruire leurs facteurs antinutritionnels ou toxiques. Parmi les tourteaux (résidus obtenus après extraction de l’huile des graines oléagineuses) on retiendra ceux de soja et de tournesol dont les teneurs protéiques sont aisément valorisées.

Le cheval et les aliments élaborés : l’aliment complet

Si, de manière traditionnelle, l’alimentation du cheval repose sur l’association fourrages-avoine, la recherche permanente d’un meilleur équilibre nutritionnel conduit de plus en plus à faire appel, à raison, aux aliments composés complémentaires ou à des aliments complets spécialisés.

L’aliment complet, comme l’indique son nom, assure à lui seul la couverture du besoin nutritionnel du cheval en permettant une parfaite adaptation de la formule alimentaire à l’état physiologique du cheval. Il est donc particulièrement adapté à l’alimentation du cheval de compétition.

Ce type d’aliment étant par essence concentré et donc d’ingestion rapide, l’hygiène alimentaire mentale de l’animal, permettant de prévenir l’apparition de tics, nécessitera :

–   la mise à disposition d’un foin appétent si possible en filet;

–    la multiplication du nombre de repas quotidiens.

Il sera alors possible de tirer le meilleur profit de cette alimentation élaborée et équilibrée :

–    équilibre nutritionnel ;

–    facilité de stockage et de conservation ;

–    excellente appétence ;

–    valeur alimentaire fiable et stable ;

–    distribution rapide avec faible risque d’erreur.

Les aliments complémentaires sont, quant à eux, conçus pour corriger les déséquilibres d’une ration de base composée de fourrages et de céréales et devraient être utilisés comme tels après élaboration d’une fiche de rationnement précise.

Il existe aussi des friandises spécialement conçues pour les chevaux, dont l’utilité est plus pédagogique et ludique.

Si la lecture de l’étiquette d’un aliment élaboré fournit des informations utiles et soumises à une législation stricte, nous conseillons de choisir un aliment en prenant son temps et en demandant directement au fabricant les éléments techniques et scientifiques jugés utiles.

Herbivore au tube digestif bien particulier et fragile, le cheval nécessite une alimentation soignée, équilibrée et rationnelle qui intègre les évolutions de son besoin nutritionnel tout autant que ses caractéristiques comportementales. L’association classique foin-avoine ne constitue en rien une panacée et devrait ne plus figurer qu’au rang des traditions dépassées. Les progrès de la recherche en nutrition équine réalisés durant les 20 dernières années ont permis l’émergence de gammes d’aliments élaborés complets ou complémentaires qui fournissent maintenant toutes les garanties aux fins d’obtention d’un rationnement sûr, efficace, fiable et pratique.

Passionnante et complexe pour le vétérinaire, surtout celui qui, nutritionniste, cherche à comprendre le fonctionnement physiologique d’un appareil digestif somme toute assez mal conçu par le créateur… ou l’évolution!

Car fragile est le cheval malgré son apparence, au point de rarement tolérer les erreurs. Pour qui cherche et enseigne, le cheval ne peut qu’attirer l’esprit et motiver la connaissance, afin de contribuer aussi à faire évoluer certaines mentalités qui font de la tradition un prérequis à toute évolution scientifique.

Ce cheval, qui croise souvent mon chemin sur le site de l’École Nationale Vétérinaire d’Alfort ou, malheureusement, parfois celui de mon activité de Vétérinaire Sapeur-Pompier au sein de la Brigade de Sapeurs-Pompiers de Paris, mérite respect et passion, et qu’un ouvrage, d’une telle qualité de fond et de forme lui soit dédié, était bien le moindre des hommages possibles.

Le cheval athlète a peu à peu remplacé le cheval vapeur après la Deuxième Guerre mondiale. Il est évident que les progrès techniques qui ont entouré le sportif humain, ont été appliqués progressivement sur le cheval de course et de sport. Ces éléments nous permettent aujourd’hui d’avoir des bases sérieuses sur la façon de gérer nos athlètes équins de haut niveau, avec en particulier de nombreuses études récentes sur sa nutrition.

En pratiquant depuis 12 ans la médecine vétérinaire sur des chevaux de loisirs comme sur des sportifs, et en ayant la chance de côtoyer leurs cavaliers, leurs grooms ou leurs éleveurs, de nombreux enseignements nous permettent d’écrire aujourd’hui ces textes sur la nutrition du cheval athlète et l’art de bien nourrir son cheval. L’alimentation est un sujet qui passe par de nombreuses connaissances théoriques, rébarbatives sans doute, mais suppose aussi beaucoup de bon sens, de sentiment et de contacts avec l’individu cheval. Ces informations sur la physiologie digestive et sur la nutrition, tiennent compte de l’expérience de terrain, des contacts humains, et équins, mais aussi de publications scientifiques toutes récentes, qui vous permettront de mieux comprendre cet athlète hors du commun.

Pour en savoir plus : différents articles sur les aliments pour chevaux 

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