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Sports équestres

Le dopage dans le monde du cheval en 2018 

Temps de lecture : 12 minutes

Les définitions sont multiples et elles ont varié avec les époques et les structures chargées de mener la lutte contre le dopage. Le dopage était défini par la Fédération Française d’Equitation comme l’utilisation de produits pouvant modifier les capacités physiques ou psychiques du cheval au moment de l’épreuve et/ou pouvant porter atteinte à sa santé et/ou entraver la détection d’un de ces produits. Le vétérinaire a la responsabilité d’informer le propriétaire du cheval lorsque le médicament administré contient des substances prohibées.

chevaux qui font la course

La définition du dopage dans le monde du cheval

Cette définition a été remplacée dans le règlement général de la ERE, par l’alinéa concernant les chevaux de la loi réprimant le dopage et qui précise :

“Il est interdit à toute personne d’administrer ou d’appliquer aux chevaux et aux poneys, au cours de compétitions ou de manifestations sportives ou en vue d’y participer, des substances ou des procédés de nature à modifier artificiellement leurs capacités, ou à masquer l’emploi de substances ou de procédés ayant cette capacité ou susceptibles de porter atteinte à leur santé.”

Ce texte introduit deux notions fondamentales: l’interdiction de procédés visant à modifier les performances et l’interdiction de recourir à des méthodes modifiant les performances, même au cours de l’entraînement.

La réglementation internationale en matière de compétitions équestres reprend en termes moins précis les principes français. Elle précise que le but de toute épreuve est de comparer les talents des chevaux et des concurrents entre eux dans des conditions justes et égales et celui du règlement d’assurer que la performance normale d’un cheval pendant une épreuve n’est pas modifiée intentionnellement ou non par l’influence de drogues, de plantes ou par une forme quelconque de médicaments vétérinaires.

Pour les courses, le Code des Courses précise qu’aucun cheval déclaré partant dans une course ne doit, au moment de la déclaration de partant jusqu’à celui de la course, même s’il n’y prend pas part, receler dans ses tissus, fluides corporels ou excrétions, aucune substance considérée comme une substance prohibée.

Dans ces disciplines, la problématique est différente: l’interdit ne repose pas sur la modification de la performance ou l’atteinte à la santé, mais sur la présence d’au moins une substance considérée comme prohibée. Il n’est pas fait référence à une quelconque modification de la performance.

Les principes réglementaires restent très voisins: les courses comme les sports équestres édictent des listes de catégories de substances prohibées, similaires à quelques détails près.

Les règles disciplinaires sont proches et reprennent les grands principes des droits des personnes. Deux échelons de juridiction, un recours possible, la présence d’un défenseur…

Une contre-expertise est systématique en courses, possible en sports équestres. Dans tous les cas, la responsabilité revient à celui qui fait fonction de gardien du cheval, le cavalier (meneur ou longeur) en sports équestres, l’entraîneur pour les courses.

Lutte contre le dopage : Les contrôles 

Les contrôles se déroulent soit à l’occasion des compétitions, soit à l’entraînement.

En 2000 pour les courses françaises, 15000 prélèvements ont été effectués.

En proportion du nombre total de partants sur nos 256 hippodromes (210000 environ), le dispositif ne “touche” guère que 6,6 % d’entre eux. Mais près de 15000 contrôles dans un pays comme la France où se disputent 16500 courses, cela constitue un filet dont la trame est suffisamment étroite pour générer la dissuasion efficace.

Pour les sports équestres, 700 prélèvements sont faits chaque année sous l’égide du ministère de la Jeunesse et des Sports et ce pour 600000 engagements.

Chaque année, 300 chevaux de courses sont contrôlés de façon inopinée à l’entraînement.

Les résultats des contrôles

Les molécules détectées lors de ces contrôles sont en règle générale assez différentes de celles retrouvées lors de contrôles humains. Les stimulants, tels que les substances amphétaminiques par exemple, ne sont que très rarement utilisés car totalement inefficaces.

On peut, globalement, distinguer trois catégories :

–   les dopants majeurs ;

–   les résidus de molécules thérapeutiques ;

–   les substances provenant de la contamination alimentaire.

Les dopants pour chevaux les plus courants

Parmi ceux-ci, on trouve plus particulièrement les anabolisants comme la testostérone, la nandrolone ou le méthandriol. Ces anabolisants peuvent être exogenes (synthétiques) comme le méthandriol, le stanozolol ou la boldénone ou endogènes comme la testostérone ou la nandrolone. Pour la dernière catégorie, des seuils sont appliqués.

Les stimulants, stupéfiants ou non, font également partie de cette classe de dopants majeurs bien que l’emploi de stimulants chez les animaux soit loin d’être aussi répandu et efficace que chez les athlètes humains. Un professionnel dit couramment que dans ce cas, le cheval “fait sa course avant l’épreuve”. A contrario, les tranquillisants sont parfois plus efficaces car un animal calme est souvent plus performant. Citons également toutes les molécules susceptibles de faciliter la respira- tion (bêta-agonistes par exemple), les substances agissant sur le transport d’oxygène comme Perythropoiéti- ne (E.P.O.) ou les P.F.C. et enfin, les peptides, comme les hormones de croissance, dont l’efficacité et la toxicité chez l’animal de sport ou de compétition est encore sujette à interrogations.

Produits dopants pour chevaux : la liste des substances interdites

La liste des substances prohibées est identique dans les deux Codes des Courses et se veut très synthétique, afin de ne risquer d’omettre aucune substance nouvelle. Elle se présente comme suit:

–     Substances agissant sur le système nerveux.

–     Substances agissant sur le système cardio-vasculaire.

–     Substances agissant sur le système respiratoire.

–     Substances agissant sur le système digestif.

–     Substances agissant sur le système urinaire.

–     Substances agissant sur le système reproducteur.

–     Substances agissant sur le système locomoteur.

–     Substances agissant sur la circulation sanguine.

–     Substances agissant sur le système immunitaire, autres que celles qui sont présentes dans les vaccins agréés.

–     Substances agissant sur le système endocrinien, les sécrétions endocrines et leurs homologues synthétiques.

–     Substances antipyrétiques, analgésiques et anti-inflammatoires.

–     Substances cytotoxiques.

–     Substances interdites pour tout cheval déclaré à l’entraînement: stéroïdes anabolisants.

La liste de substances prohibées n’est donc une liste ni limitative ni nominative. Elle ne précise aucune limite de détection, ce qui est laissé à l’initiative des laboratoires. Toutefois, un certain nombre de substances prohibées peuvent être, soit « endogènes » c’est-à-dire produites par l’organisme de l’animal, soit apportées par ce qu’il est convenu d’appeler l’alimentation normale de ce dernier. Leur simple présence dans les fluides biologiques ne peut donc pas être considérée comme une violation du Code des Courses. Par contre une supplémentation ou un rééquilibrage frauduleux n’étant pas à exclure, les Codes des Courses précisent des limites (seuils) pour un certain nombre de ces molécules.

Produits dopants pour chevaux : les molécules thérapeutiques

Les Codes des Courses stipulent clairement qu’aucune substance prohibée ne doit être retrouvée dans les fluides biologiques d’un animal à l’issue d’une compétition. Cependant, les animaux de sport ou de compétition sont des êtres vivants qui, comme les hommes, sont susceptibles de subir des traitements thérapeutiques curatifs ou préventifs. En l’occurrence, il est assez fréquent de trouver des quantités plus ou moins importantes de ces molécules dans les fluides analysés. Il est alors quasiment impossible de déterminer s’il s’agit d’une conséquence d’un traitement antérieur ou d’une volonté d’influencer la performance de l’animal. Une enquête menée par les commissaires de courses ou l’instance disciplinaire concernée de la Fédération, pour les sports équestres, permettra d’établir les éventuelles responsabilités et modulera en conséquence les sanctions infligées.

Les seuils de dopage chez le cheval

Les seuils sont fixés internationalement par les autorités hippiques, sur proposition d’un groupe de travail appelé « Advisory Council » constitué de 2 analystes et de 2 vétérinaires qui servent d’interface entre la communauté scientifique (laboratoires d’analyses officiels internationaux, vétérinaires officiels) et les autorités hippiques elles-mêmes. Ces seuils sont donc élaborés scientifiquement après des études épidémiologiques et statistiques portant sur un grand nombre d’essais inter-laboratoires et après validation des méthodes analytiques employées. Un risque statistique est alors calculé (en général, le risque correspondant à 1/10.000 est retenu) et un seuil est alors proposé, puis officiellement adopté par la Fédération des autorités hippiques.

Les molécules les plus fréquemment retrouvées dans cette catégorie sont les anti-inflammatoires, stéroïdiens ou non, les antalgiques et les anesthésiques locaux (très fréquemment employés pour de courtes interventions chirurgicales ou les infiltrations).

Dopage du cheval : Les contaminants alimentaires

Une grande originalité du contrôle antidopage des animaux réside dans cette catégorie. En effet, un animal et plus particulièrement un cheval, consomme des quantités journalières très importantes de nourriture et, notamment pour les chevaux de sports équestres, sous forme de granulés fabriqués de façon industrielle. Il arrive ainsi assez fréquemment que des contaminations diverses provoquent la “positivité” des prélèvements biologiques analysés. Ces contaminations sont principalement dues aux résidus de cosses de cacao qui contiennent des quantités plus ou moins importantes de bases xanthiques diverses (caféine, théobromine ou théophylline). Des contaminations par des alcaloïdes comme la morphine (présence de pavots dans la luzerne) ou d’atropine et de scopolamine (due à la présence de plantes de la famille des Daturas) dans les matières premières de fabrication sont aussi fréquemment rencontrées.

Seuls des contrôles stricts réalisés lors de la fabrication sont susceptibles d’éviter ces désagréments.

Le constat, réalisé dans les premières années de la dernière décennie, de l’insuffisance de ce dispositif a entraîné la mise en place, pour le secteur des courses, des contrôles à l’entraînement. Ceux-ci, associés au caractère très performant des laboratoires, ont mis le système entraînement-compétition sous une telle pression que la fraude ne peut que se déplacer hors des secteurs sous contrôle.

Pour les courses, la véritable menace réside maintenant dans ces zones non contrôlées que sont l’élevage et le préentraînement.

La tentative, réalisée il y a quelques années, d’instaurer contractuellement des contrôles sur les points de passage que sont les ventes s’est révélée un échec : vendeurs comme acheteurs ne souhaitant pas que ce domaine devienne plus transparent.

Les renseignements recueillis dernièrement démontrent que la préparation médicale n’est pas inconnue de quelques grands élevages.

 

Pour en savoir plus : Règles de prévention liées au dopage 

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